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Que deviennent vos comptes en ligne après votre mort ?

Une vie numérique ne s'arrête pas avec celle de son propriétaire. Les comptes restent ouverts, les abonnements continuent d'être prélevés, les photos restent enfermées derrière un mot de passe que personne ne connaît.

Voici ce qui se passe concrètement, plateforme par plateforme, et ce que vos proches peuvent — ou ne peuvent pas — obtenir.

Ce que dit la loi française

Depuis la loi pour une République numérique de 2016, chacun peut donner des directives sur le sort de ses données personnelles après sa mort : les faire supprimer, les faire transmettre, ou désigner une personne chargée de les exécuter. Ces directives priment sur tout le reste.

En l'absence de directives, vos héritiers disposent de droits limités. Ils peuvent essentiellement faire fermer les comptes, s'opposer au traitement des données, et obtenir les informations nécessaires au règlement de la succession. Ils n'obtiennent pas pour autant un accès libre au contenu : vos messages et vos photos ne sont pas des biens qui s'héritent automatiquement.

C'est la nuance que presque personne n'a en tête : la loi organise la fermeture, pas la transmission. Si vous voulez que quelque chose parvienne à quelqu'un, il faut l'avoir prévu de votre vivant.

Google : le gestionnaire de compte inactif

Google propose l'outil le plus abouti, et il est gratuit. Dans les paramètres de votre compte, le « gestionnaire de compte inactif » vous permet de définir un délai d'inactivité (3 à 18 mois), puis de désigner jusqu'à dix personnes qui recevront un accès à certaines de vos données, ou de demander la suppression pure et simple du compte.

C'est le meilleur réflexe à prendre aujourd'hui si vous ne faites rien d'autre. Sa limite : il ne fonctionne que pour l'écosystème Google, et il transmet des données brutes — pas un message, pas une explication, pas un contexte.

Facebook, Instagram : contact légataire et compte de souvenir

Meta permet de désigner un « contact légataire » qui pourra gérer votre profil transformé en compte de souvenir : épingler une publication, répondre aux demandes d'amis, changer la photo. Ce contact ne peut pas lire vos messages privés.

À défaut de désignation, un proche peut demander la transformation en compte de souvenir ou la suppression, en fournissant un justificatif de décès. Comptez plusieurs semaines.

Apple : l'un des plus stricts, mais désormais prévu

Apple a longtemps été réputé infranchissable — des familles ont dû obtenir des décisions de justice pour accéder aux photos d'un proche disparu. Depuis iOS 15.2, vous pouvez désigner des « contacts légataires » qui recevront une clé d'accès leur permettant de récupérer vos données iCloud après votre décès.

Là encore : c'est à configurer de votre vivant. Sans cette désignation, l'accès reste extrêmement difficile.

Banques, assurances, abonnements

Les comptes bancaires sont bloqués dès que la banque est informée du décès, et c'est le notaire qui pilote la succession. Le vrai problème n'est pas juridique, il est pratique : vos proches doivent d'abord savoir que ces comptes existent.

Les abonnements, eux, continuent de se prélever tant que personne ne les résilie. Streaming, stockage en ligne, licences, hébergement d'un site, nom de domaine : ce sont souvent des mois de prélèvements avant que quelqu'un ne s'en aperçoive.

  • Faites une liste des comptes bancaires et assurances-vie, avec les établissements — pas les mots de passe.
  • Listez les abonnements récurrents et où se trouve la carte qui les paie.
  • Notez l'existence des comptes que personne ne soupçonne : cryptomonnaies, comptes-titres, cagnottes, domaines.

La checklist en cinq gestes

Si vous ne devez faire que cinq choses, faites celles-ci — elles couvrent l'essentiel et prennent moins d'une heure au total.

  • Activez le gestionnaire de compte inactif de Google.
  • Désignez un contact légataire chez Meta et chez Apple si vous les utilisez.
  • Écrivez la liste de vos comptes importants — leur existence, pas leurs mots de passe.
  • Décidez qui doit recevoir quoi, et dites-le à cette personne de votre vivant.
  • Prévoyez un moyen sûr de transmettre les accès le moment venu, sans les exposer aujourd'hui.

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